Forum

Ci-dessous, vous pouvez poster en mode « commentaires » vos contributions sur le thème des Paradoxes du désir. C’est à vous !

7 réflexions au sujet de « Forum »

  1. Très sympathiques et très intéressants les propos d’Etienne Klein.
    Notamment : le désir du physicien est de toucher le réel. Et c’est une si grande satisfaction selon lui.
    On le comprend, il nous a donné la clé : le réel dont il parle répond aux calculs de la mathématique, c’est ce qu’il y a de merveilleux. Il est donc en partie au moins, il l’ a dit, réglé par les lois du calcul. Un réel que l’on suppose ordonné, sans surprise finalement pour peu que l’on puisse élucider ses règles. Non trompeur disait en effet Einstein.
    On voit la différence avec ce dont nous parlons : un réel qui angoisse, voire fait horreur, auquel aucun discours ne fait plus écran avec le capitalisme, et dont on ne peut que tenter de se défendre.
    C’est que notre réel, du moins celui que Lacan a promu à la fin, est sans loi, pas même celle de la logique du langage. Il n’est ni un ordre, ni un tout. Emergence symptôme, contingente, imprévisible, et qui affecte en surprise et à répétition.
    C’est à l’heure de ce réel qu’il faudrait mettre la pratique analytique d’aujourd’hui.

  2. Qu’un scientifique comme E.Klein reconnaisse comme « trop compliquée » la question du sujet et de l’inconscient, la laissant hors champ de l’investigation scientifique, laisse un espace reconnu pour la psychanalyse….Et peut être quelque espoir de ne pas se retrouver dans un dialogue de sourds avec la science, justement !
    Merci à Cathy Barnier et à Marc Strauss de nous avoir proposé cet interview

  3. si « aucune montagne n’épuise le désir de l’alpiniste » comme le dit si joliment Etienne Klein, peut-on dire que le sommet n’est pas son but ou sa recherche, que le désir de l’alpiniste viserait un au-delà du sommet?
    si j’ose l’analogie avec l’analyste, quel au-delà n’épuiserait pas son désir?
    ne serait-ce pas l’au-delà de la mesure phallique,ou de la mesure tout court, c’est à dire l’incalculable, le réel de la psychanalyse tel que le décrit Colette Soler?
    merci beaucoup pour cet entretien

  4. T’as vu à Paris 2014 ils jouent avec les lettres
    T’as vu avec Klein la balle de tennis fait parachute à la boule de pétanque
    Mais non crois pas que t’as vu
    La chute des corps c’est hors spectacle
    C’est comme ça avec les anagrammes du réel
    T’as vu ils ont mis la Tour Eiffel
    Mais non c’est elle qui me regarde-boîte-à-sardines
    Oui c’est là où je vais

  5. À comprendre que l’outrage sous-tend le beau, un paradoxe du désir s’éclaire un peu. Il y a là un point excentré, qui se tient debout seul.

    Extrait de l’Ethique, transcription Staferla, page 492, 536, 551
    Jacques Lacan, 1959-1960, séminaire VII

    « J’essaierai de vous montrer que la vraie barrière…
    pour autant qu’elle arrête le sujet
    devant le champ à proprement parler innommable
    du désir, du désir radical pour autant
    qu’il est champ de la destruction absolue, de la
    destruction au-delà de la putréfaction elle-même
    …c’est à proprement parler ce phénomène qui s’appelle
    le phénomène esthétique pour autant qu’il est identifiable à
    l’expérience du beau.

    […]

    En d’autres termes, ce que je vous montrerai au
    second prochain temps de notre marche, c’est qu’à
    cette échelle qui nous sépare du champ central du
    désir, si le bien constitue le premier réseau d’arrêt, le
    beau va plus près, et lui très sérieusement, nous arrête.
    Il nous arrête, mais aussi il nous indique dans quel
    sens se rencontre, se trouve ce champ de la destruction.

    […]

    Et pourtant, il est non moins clair, non moins
    manifeste que le beau…
    comme cela s’est dit depuis la pensée antique
    jusqu’à Saint THOMAS, qui vous fournit
    des formules avec beaucoup de précision
    …que le beau a pour effet de suspendre, d’abaisser,
    de désarmer, dirai-je, le désir :
    le beau, pour autant qu’il se manifeste, intimide,
    interdit le désir.

    Ce n’est pas dire qu’il ne puisse au désir,
    à tel ou tel moment, être conjoint.

    Mais très mystérieusement et singulièrement, c’est
    toujours sous cette forme, pour laquelle je ne crois
    pas trouver de meilleur terme linguistique
    pour la désigner que celle de « l’outrage », pour autant
    que ce terme en lui-même porte en lui la structure
    du passage de je ne sais quelle invisible ligne.

    Il semble au reste qu’il soit de la nature du beau
    de rester, comme on dit, insensible à l’outrage,
    et ce n’est pas là non plus un des éléments les moins
    significatifs de sa structure.

    […]

    [ à propos d’Antigone ]
    … ce détail qui nous est donné de ce que signifie la position d’une vie
    qui va se confondre avec la mort certaine,
    une mort vécue si l’on peut dire d’une façon anticipée,
    une mort empiétant sur le domaine de la vie,
    d’une vie empiétant sur la mort.

    Le champ comme tel de ce sort est ce qu’on s’étonne
    que les dialecticiens, voire des esthètes aussi éminents qu’un
    HEGEL ou qu’un GOETHE, n’aient pas cru devoir, dans
    leur appréciation de l’effet de la pièce, retenir.
    Et pour vous suggérer que cette dimension n’est pas
    une particularité d’Antigone, je peux facilement vous
    proposer de regarder dès lors de-ci, de-là, où vous
    pouvez en retrouver les correspondants.
    Vous n’aurez pas besoin de chercher bien loin
    pour vous apercevoir de la fonction singulière,
    dans l’effet de la tragédie, de la zone ainsi définie.

    C’est ici, dans la traversée de cette zone, de ce
    milieu, que le rayon du désir se réfléchit et se
    réfracte à la fois, aboutissant en somme à nous
    donner l’idée de cet effet si singulier, et qui est
    l’effet le plus profond, que nous appelons l’effet
    du beau sur le désir, c’est à savoir ce quelque chose
    qui semble singulièrement le dédoubler là où il
    poursuit sa route.

    Car on ne peut dire que le désir soit complètement
    éteint par l’appréhension de la beauté, il continue sa course,
    mais il a là, plus qu’ailleurs, le sentiment du leurre,
    en quelque sorte, manifesté par la zone d’éclat
    et de splendeur où il se laisse entraîner. »

  6. Etienne Klein laisse, fait, une très belle place au langage – et à la psychanalyse – dans son livre « le facteur temps ne sonne jamais deux fois ». Très encourageant pour l’avenir de la psychanalyse, et du travail pour les psychanalystes!!!!
    Merci pour cette interview.

  7. Je me décide à faire part du plaisir que m’a procuré l’écoute des deux premiers rebonds au moment même où paraît le troisième, que je découvrirai donc plus tard. Plaisir de l’escapade hors des sentiers battus, voire rebattus de notre champ, sans pour autant le perdre de vue.
    Merci à Etienne Klein de nous rappeler que si la science forclôt le sujet comme nous aimons le répéter à l’envi, il ne peut y avoir de recherche scientifique sans le désir décidé de quelques sujets chercheurs. Quant à la satisfaction de voir vérifiées, parfois près d’un demi-siècle plus tard, certaines de leurs hypothèses, elle ne touche pas tant celui qui l’a posée, si comme Higgs il vit encore, que toute une communauté.
    Merci à Denis Podalydès d’illustrer depuis sa position d’acteur de théâtre, ce que Lacan, citant Platon et son Banquet, déplie dans son séminaire sur Le transfert : le désirant doit garder son désir silencieux s’il veut être désiré. La satisfaction que Denis Podalydès, acteur, évoque est double. Non seulement celle du désirant désiré, choisi par le metteur en scène, mais celle du passeur qui perçoit, à la qualité du silence du public, qu’il a touché juste.

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